Mes plus belles histoires d’amour ont été des coups arrangés !

Maud ne se trompe jamais lorsqu’il s’agit de choisir un appartement, une voiture ou une paire de chaussures. Mais pour ses amoureux, elle a toujours eu besoin d’un petit coup de pouce.

J’ai brillamment réussi mes études de lettres, je dirige aujourd’hui une grosse librairie, où je salarie une vingtaine d’employés. Quand il n’est pas question de cœur, je n’ai jamais eu de problèmes ni intellectuels, ni relationnels. Mais concernant les hommes de ma vie, c’est une autre paire de manches. Dès qu’un joli garçon pose le regard sur moi, et particulièrement s’il a les yeux bleus, je perds tout discernement. Mon QI redescend à deux chiffres, et de toutes les hypothèses envisagées, vous pouvez être sûrs que je choisirais la plus mauvaise pour ma sérénité. Heureusement pour moi, mes amies l’ont très vite compris.

Il y a eu un signe annonciateur quand j’avais 15 ans : au cinéma, j’ai eu mon premier émoi érotique en découvrant Johnny Depp dans « Cry Baby ». Un voyou au cœur tendre. Les héros du grand écran qui me faisait chavirer, c’était déjà les mauvais garçons à moto. Bien entendu, je me suis empressée de transposer mon penchant bourgeois pour les bad boys dans ma vie quotidienne. À la rentrée des classes suivante, je suis tombée en pâmoison devant Frédéric, un beau gamin de mon âge, grande mèche sur le front, monté sur Creepers, blouson aviateur, déjà grand fumeur – de joins notamment – remarquable buveur de bière, et, hélas pour moi, détenteur de somptueux yeux turquoises. Je me suis fait des ulcères attendre ses coups de fil, j’ai passé des nuits blanches à me demander où il était, ce qu’il faisait, et avec qui. Pendant ce temps, mes copines filaient le parfait amour avec des garçons « biens », et fort ennuyeux. De bons élèves, qui partaient sagement en vacances avec leurs parents. Ceux-là, je ne les voyais pas. En outre, mes amies ne s’en sortaient pas beaucoup mieux que moi : au bout du compte, elles pleuraient tout autant, ça prenait juste un petit peu plus de temps. J’ai fini par me détacher de Frédéric, pour tomber amoureuse d’Alexandre. C’était un clone jeune et sublime de Jean-Paul Belmondo dans « A Bout De Souffle ». Les lèvres charnues, la pose de tombeur, il n’était qu’autorité douce et confiance en soi. Alexandre avait à peine 14 ans, en faisait bien cinq de plus, et il avait déjà couché avec plusieurs filles. Pour ce que j’avais entendu, avec art. Lui aussi, aimait beaucoup boire et fumer tout ce qui lui tombait sous la main. J’ai passé des nuits entières à l’écouter jouer de la guitare sur un banc public pour moi seule. Avec lui, rien ne pouvait m’arriver. D’ailleurs, il ne m’est rien arrivé du tout : il ne va pas même embrassée. Que me suis-je tourmentée, pour le bel Alex… Quelques mois plus tard, ma copine Marie, émue – et peut-être aussi fatiguée – de mes déconvenues amoureuses (il y en avait eu quelques autres dans l’intervalle) s’est débrouillée pour que je rencontre à la sortie de l’école le charmant Stéphane. Ce garçon, je ne l’aurais même pas regardé si on ne me l’avait pas mis sous le nez. Marie m’en avait déjà parlé plusieurs fois, elle le vantait gentil, bien élevé, élève brillant. Autant de critères rébarbatifs pour une incurable romantique qui ne rêvait que de voyous au cœur tendre. Habilement, Marie nous a plantés à deux dans un café, puis elle s’est esquivée. J’ai joué à provoquer Stéphane, qui était trop propre sur lui à mon goût. Je riais trop fort, je le taquinais en lui faisant du pied sur ses souliers neufs, je le défiais sur des questions de culture générale. Il a tenu bon. En fait, il a même tenu bon pendant 20 ans. Il est le père de mes enfants. Mais le temps, et l’usure, et le monde qui est trop plein de choix… J’avais 36 ans lorsque Stéphane m’a quittée. J’avais appris avec les années, que l’une des raisons qui le rendaient si gentil et si conciliant, c’est qu’il était surtout très paumé. Un beau jour, il a eu besoin de chercher ailleurs des réponses à ses questions existentielles. Il ne les a toujours pas trouvées. Et moi, j’ai très vite ressenti le besoin de refaire ma vie. C’est là que le syndrome « Cry Baby » m’a reprise. J’ai eu quelques liaisons avec des hommes mariés, tous des grands fêtards. Je suis partie à la mer, quelques week-ends, avec George, un très ancien amant qui datait d’avant Stéphane, et qui n’avait rigoureusement pas mûri depuis le secondaire. À 40 ans, il affichait une brillante carrière de chômeurs de longue durée, et musicien raté, donnait deux fois par an des concerts moyens dans des cafés vides. Mais il se prenait pour Morrissey. Alors que je passe mes journées à rencontrer des hommes cultivés, dingues de lecture avec de belles carrières, j’ai été à un cheveu de m’installer avec celui-là. Heureusement, mes copines sont à nouveau venues me réveiller.

À cette période, ma mère voulait absolument me présenter Lucas, un jeune homme qu’elle connaissait de son cours de néerlandais. Elle avait décidé d’amortir utilement sa retraite, et apprenait enfin à parler correctement le flamand. Elle m’a convoquée un samedi après-midi chez elle, au prétexte de me parler d’un voyage prochain. Lucas était présent, il portait un costume, il s’était fait beau. Bêtement, je l’ai trouvé ridicule. Ma mère l’a senti, elle a orienté la conversation sur la littérature. Là, il m’a bluffée. C’est de son esprit que je suis d’abord tombée amoureuse. Notre histoire n’a duré qu’un an, parce qu’il a été muté aux Pays-Bas – c’est pour ça qu’il apprenait le néerlandais – et que je suis trop entière pour supporter très longtemps une relation à distance. Nous sommes restés amis, et il a été l’une de mes histoires les plus authentiques et les plus sincères. Peu de temps après, j’ai rencontré Alain. Follement beau, mais toxicomane et complètement mythomane. Ce qui va généralement ensemble. Nous avons vécu en couple pendant deux ans, des années de passion, de mensonges et d’illusions. À la surprise générale, c’est lui qui est parti. Alors qu’il n’avait ni le niveau social, ni culturel, ni même intellectuel, il a préféré se trouver une maîtresse faible et alcoolique qu’il pouvait complètement dominer. J’ai mis du temps à m’en relever. Jusqu’à ce que Marion, une consœur libraire, insiste très fort pour me présenter Thomas, un de ses amis journalistes. Elle n’avait prévenue : « Tu verras, Maud, il ne connaît pas grand-chose à la mode, il ne sort pas dans les bars branchés mais il est gentil, spirituel, honnête et droit. » Rien que la description m’endormait déjà. Mais j’ai accepté de rencontrer Thomas, par curiosité. Marion ne m’aurait jamais jetée dans un traquenard. Thomas, je ne l’ai pas reconnu dans le café où je lui avais donné rendez-vous. C’est-à-dire qu’il n’avait pas l’air de sortir d’un film post punk, avec un regard de faon, une bouteille à la main, et un tatouage sur le cou. C’était un homme qui respirait l’équilibre, plutôt joli garçon, un peu intimidé par ce blind date. Il avait commandé un thé. Nous avons commencé à bavarder. Thomas était charmant, drôle, il avait une séduction affirmée mais pas tapageuse. Nous nous sommes revus plusieurs fois, comme de nouveaux amis qui se découvrent. Et puis, nous sommes devenus plus que cela. Le mois prochain, nous emménagerons ensemble. Dans ma vie, j’ai toujours su dégoter la bonne paire de bottes en python en soldes au fond de la boutique, l’appartement art déco à loyer bloqué, le petit jardin public calme et préservé que personne connaît. Mais pour mes amours, j’ai du apprendre à déléguer. On est jamais mieux servi que par ceux que l’on aime…

Avis d’expertes

Annemieke Dubois & Genevieve Heintz, de l’agence matrimoniale Berkeley International sont expertes rencontre d’âmes sœurs :

– Pourquoi reproduit-on parfois un même schéma douloureux en amour ?

On apprend ce qu’est l’amour dès l’enfance, grâce à nos parents et aux autres personnes qui nous entourent. Ces relations constituent le fondement de celles à venir. Adulte, on reproduit malgré nous des situations douloureuses mais familières. Ensuite, l’envie l’aventure, idéal de l’amour impossible, croire qu’on peut changer une personne…sont des éléments qui jouent également dans la reproduction d’un schéma douloureux.

Pourquoi des personnes extérieures voient- elles parfois plus clair ?

Un Matchmaker analyse la situation avec un regard neutre. On est souvent attiré par ce qu’on est pas. Par exemple, quelqu’un qui  manque de confiance sera plutôt attiré par une personne dominante. Cependant, ces modèles d’attirance peuvent être changés. Une personne extérieure tiendra compte de tous ces aspects mais aussi de la personnalité, des valeurs, des centres d’intérêt des personnes. Son approche sera plus objective.

– Que voient parfois d’autres personnes que nous, on ignore ?